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Entretien avec Christophe Gans

Connu pour ses adaptations de contes, de mangas ou encore de jeux-vidéo Christophe Gans revient avec nous sur son parcours, et son amour pour le cinéma de genre. Aujourd’hui nous abordons avec lui la question du cinéma d’horreur du point de vue de sa cinéphilie, mais aussi des différents rôles qu’il y a joué.

Amorces : Pourquoi s’être orienté vers le journalisme après votre premier court-métrage Silver Slim ?

Christophe Gans : Je me doutais bien qu’il serait compliqué de devenir réalisateur, j’avais déjà depuis quelque temps édité un fanzine qui s’appelait Rhesus 0, et j’habitais dans une ville ou plusieurs personnes éditaient déjà des fanzines, dont Nicolas Boukhrieff (Trois jours et une vie, Le convoyeur). À 18 ans, j’ai été sélectionné à l’IDHEC pour commencer une formation de mise en scène au cinéma. D’une certaine manière, même si j’étais étudiant en cinéma, je n’ai jamais vraiment quitté la presse. Ce qui était très intéressant pour moi, c’est que la majorité des cinéastes français importants, Chabrol, Truffaut, Godard avaient eu une carrière de journaliste avant de passer à la réalisation, et ça me semblait presque logique d’être dans la presse avant de pouvoir faire le cinéma que je voulais faire en France. Je me suis donc retrouvé dans deux mondes différents qui restaient connexes, entre ceux qui voulaient faire du cinéma et des « zineux ». On m’a ensuite embauché à l’Ecran Fantastique comme rédacteur et secrétaire de rédaction, j’ai travaillé pour eux pendant plusieurs années. C’est comme ça que par chance j’ai pu rencontrer des éditeurs vidéos, avec qui je dirigeais une collection chez Scherzo Vidéo. Très vite, ils m’ont demandé si on pouvait éditer un magazine, c’est à ce moment que j’ai proposé Starfix. Du coup, je me suis pleinement retrouvé dans la voix de la presse, à faire une version professionnelle du fanzine que je  proposais avant de rentrer à l’IDHEC. J’ai naturellement continué, tout en gardant à l’esprit que je voulais réussir une carrière de cinéaste.

C’est d’ailleurs grâce à Starfix que j’ai été au Festival International du Film Fantastique d’ Avoriaz pour la première fois, ou j’ai pu rencontrer un producteur nommé Samuel Hadida. On s’est retrouvé dans la volonté de faire du cinéma d’action et fantastique qui ne se produisait pas en France. On a commencé à développer des projets, parallèlement à mon activité de journaliste.

Un jour, il m’a dit qu’un film à sketchs, Necronomicon était en train de se faire avec des gens qui pourraient être nos partenaires pour l’adaptation d’un manga qui s’appelait Crying Freeman. Il m’a donc demandé si j’étais d’accord pour faire mes preuves sur ce film, car un des réalisateurs Michele Soavi (Dellamorte Dellamore) venait de se désister. J’ai accepté de partir à Los Angeles (sans visa) pour six jours de tournage et de montage. Comme il y a toujours un tas de contretemps, je suis finalement resté une dizaine de mois en me cachant, j’ai dû repartir par le Canada, ou je me suis fait arrêter à la frontière, pour finalement être relâché faute d’élément justifiant ma présence sur le territoire américain. C’est comme ça que j’ai pu passer à la réalisation, qui était mon but initial. C’était un chemin plein de méandres, mais qui finalement m’a conduit où je voulais.

A : Aviez-vous justement imaginé devoir quitter la France pour concrétiser votre projet ?

C.G. : Oui, je commençais à me dire que finalement je resterais à Los Angeles pour faire de la série B. Par ailleurs, Necronomicon était un des derniers films de série B qui soit sorti en salle avant le Direct To Vidéo, le format le plus commun pour la série B.

Quand on a tourné Crying Freeman, ça n’était pas un projet pour une sortie cinéma, mais bien pour une sortie pour le marché vidéo, à part peut-être en France, car Samuel avait sa propre boite de distribution. C’était un petit budget d’environ 3M d’euros, qui a été considéré comme une bonne affaire pour toutes les sociétés de distributions qui l’ont acheté à un prix plus que raisonnable. Ça leur a finalement permis de le sortir en salle, puisque j’avais pensé le projet comme un film de cinéma, c’est-à-dire en cinémascope, avec beaucoup d’extérieurs et une certaine stylisation dans la mise en scène, notamment pour les scènes de combats.

C’était totalement inattendu, qui plus est en France il a fait 800 000 entrées. Les gens ne savaient pas que le manga et la japanime commençaient à se développer en Europe. Particulièrement en France, notamment grâce à l’import de jeux vidéo japonais. Quand le film sort, la presse cinéma ne s’y intéresse que très peu, par contre la presse de jeux vidéo et de manga y consacrent des pages entières. En fin de compte, c’est eux qui ont reconnu l’apport culturel de ce film et c’est ce qui a fait le succès de Crying Freeman au cinéma.

C’est ce qu’on faisait d’ailleurs avec Starfix. On essayait de mettre en avant des cinéastes qui nous plaisaient, qui étaient méprisés par la presse française, qui n’avait trouvé aucun intérêt pour Blade Runner (Ridley Scott, 1982), qui n’avait pas aimé Mad Max (Georges Miller, 1979) etc. Les gens ne savaient pas à qui se référer, c’est principalement ce qui a fait le succès de notre revue.

Crying-Freeman-furyosa

A : À cette époque, ces films étaient de seconde zone, puis ils sont devenus une culture de masse, comment l’expliquez-vous ?

C.G. : Avec Starfix, jamais on n’aurait pensé que le cinéma conventionnel américain allait être remplacé par les énièmes suites de Terminator ou de Star Wars. D’ailleurs ça nous aurait fait mal, car on n’a jamais voulu que ce cinéma devienne mainstream. C’est une victoire terrible qui a totalement dévalorisé la force transgressive et politique qu’avait ce cinéma. Le problème des blockbusters d’aujourd’hui c’est qu’ils n’ont plus d’identité propre, contrairement à ceux des années 1980 avec Zemeckis, Miller ou Carpenter qui avaient des idées, qui se revendiquaient idéologiquement et qui ont encore une empreinte actuelle. Aujourd’hui les gens qui font ces films, on ne sait pas qui ils sont, ils se font jeter par les studios influents comme Disney. Qui se souvient du réalisateur du premier Jurassic World (Colin Treverrow, 2015) ? En suivant l’actualité, les vrais auteurs de genre américains sont indépendants, comme Ari Aster (Heredité, Midsommar), Robert Eggers (The Wicth, Lighthouse) ou David Robert Mitchell (It Follows, Under the Silver Lake), pour moi les auteurs du nouveau cinéma américain sont produits par A24 Films, pas part Disney.

A : En France, on a des tentatives de films indépendants, est-ce qu’on pourrait s’ériger à ce niveau selon vous ?

C.G. :  Malheureusement, non, de ce que je connais de l’histoire du cinéma, les courants cinématographiques sont toujours apparus spontanément avec des auteurs et des concepts originaux. En France, il y a eu les French Frayeurs, ils sont nés grâce à Canal + qui a voulu ajouter à son catalogue de production international, des films d’horreur bons marché. Ils se sont mis à produire des films d’horreur que de jeunes réalisateurs français voulaient faire. Pour prendre un contre-exemple, le cinéma espagnol compte plusieurs réussites commerciales : L’orphelinat (Juan Antonio Bayona, 2007) était le succès box-offices de l’année, Les Autres (Alejandro Amenabar, 2001) aussi. Il y a vraiment eu une vogue de cinéma fantastique, de laquelle certains auteurs se sont fait remarquer comme Alejandro Amenabar (Tesis, Les Autres) ou Jaume Balaguero (Rec, Maleveillance). On n’a pas eu de film d’horreur français qui était la meilleure recette de l’année, tout en étant original, puisque les films font 50 000 entrées quand ça marche et que tout le monde s’en fiche. À partir de là, comment peut-on imaginer qu’il aurait un jour une industrie du cinéma d’horreur français ?

La plupart du temps, les films d’horreur français sont inspirés par un film qui s’appelle Wrong Turn (Détour mortel, Rob Schmidt, 2003) qui est un sous Texas Chainsaw Massacre (Massacre à la tronçonneuse, Tobe Hooper, 1974) presque parodique. C’est un film que j’aime beaucoup personnellement, mais dont je n’aurais imaginé qu’il devienne le moule séminal de nombreux films d’horreur français. Ce qui est extraordinaire, car le film n’est pas un succès phénoménal aux États-Unis, les producteurs y ont vu le devenir du cinéma d’horreur français : le French Frayeur. C’est pour ça que je pense que ça ne mâchera pas. Même si certains de ces films étaient réussis, ils restaient des sous Wrong Turn, et n’amenaient pas quelque chose de novateur, il n’y a jamais eu de tentative de faire des films d’horreur pour le marché intérieur. Même Silent Hill, qui a plutôt bien marché (900 000 entrées en France), est un film pour le marché étasunien, pas pour la France.

Il y a aussi les films de mon ami Pascal Laugier. Pour moi, Martyrs et Ghostland sont des films d’horreur qui montre qu’ils ne doivent rien au cinéma américain. Même si ces deux films ont été tournés au Canada (mais on peut aussi parler de The Secret et Saint Ange), ils n’ont pas eu un grand succès en France en termes de nombre d’entrées. Néanmoins, ils sont très importants pour considérer qu’il y a eu une volonté.

L’autre cas à part c’est Alexandre Aja, quand il fait Haute tension (2003), le film passe un peu inaperçu en France, malgré le fait que ce soit un film d’horreur français, tourné en français. Par contre, il se fait repérer par le marché hollywoodien pour finalement y faire sa carrière. D’ailleurs, son dernier film Crawl (2019) était une petite merveille, en termes de mise en scène, de timing, d’effets de tensions. Quand je l’ai vu, les gens hurlaient de peur, c’est tellement calculé au millimètre, comme une partition de musique. Mais c’est un film américain, produit par Sam Raimi.

Est-ce que je crois au cinéma fantastique français ? Non ! Même s’il y a eu beaucoup de bons films comme La Belle et la bête (Jean Cocteau, 1946), Les Yeux sans visage (Georges Franju, 1960) et d’autres films poétiques comme les films de Serge de Poligny : Le Baron Fantôme (1943) ou encore La Fiancée des Ténèbres (1945). C’est le cinéma d’évasion des années 1940 durant l’occupation qui était considéré comme poétique plus que fantastique, généralement réalisé par Cocteau, Carney, Poligny. Aujourd’hui on le sait, c’est le seul cinéma fantastique français qui a été conçu, mais il n’y en a pas d’autres, à part le pauvre Franju, dont Les yeux sans visage a engendré de nombreuses imitations dans différents pays comme sa copie espagnole, l’Horrible docteur Orloff (Gritos en la noche, Jesus Franco, 1962). Voilà un film qui aurait pu lancer le cinéma fantastique français, il est tourné en français, avec des acteurs français, un thème original et qui a engendré un certain nombre de copies, mais qui malheureusement n’a fait naître aucun successeur sur son territoire. Cela a été le départ d’un genre qui est aussitôt mort-né.

A : Vous vous êtes tout de même essayé à la production de film d’horreur français pour Saint-Ange, le premier long métrage de Pascal Laugier.

C.G. : Pascal faisait le making of du Pacte des Loups(2001), et j’avais vu son court métrage, 4ème sous-sol (2001), que je range au côté de ses grandes réussites. Son talent était tellement évident, qu’après le succès du Pacte des loups, on m’a proposé d’aider un film à se faire, en étant producteur et en mettant mon nom au générique, ce qui nous a menés à Saint Ange, parallèlement au travail d’adaptation des Aventures de Bob Morane pour Canal +. Le film a été produit au niveau de la chaîne ouvrière par l’Esqwad de Canal + c’est-à-dire Richard Grandpierre (Irréversible, Martyrs) et Stephane Sperry (Les Aventures de Tintin : Le secret de la Licorne). Moi j’étais plus un conseil spirituel, même si Pascal n’a jamais vraiment eu besoin de ça. Au contraire, j’ai beaucoup d’admiration, pour la manière pure, voire violente, dont Pascal fait du cinéma, il est sans compromis. La manière dont Pascal filmait les objets, les portes, les couloirs m’a beaucoup inspiré sur ma manière de mettre en scène Silent Hill. En France, le cinéma qu’on fait est peu fétichiste, il est bâti sur les comédiens, mais peu sur les objets.

saint ange

A : Que représente cette expérience pour vous qui trouvez les films de Laugier d’une certaine importance dans le paysage du film d’horreur français ?

C.G. : Saint Ange, c’est son premier film, il y a mis son amour pour le genre, il faut le regarder comme une confession, un acte de foie enfantin et pur. Les conditions de productions qui ont entouré le projet lui ont permis d’avoir un budget d’environ 10M parce qu’il venait après Le pacte des loups. Depuis ça, il fait des films pour 3M, mais ça reste le film qui lui a permis de passer à la réalisation.

Pour revenir un peu sur sa carrière, je trouve que Ghostland équilibre la part de colère et la part artistique présent dans ses projets, ce qui en fait un film assez vénéneux et troublant. Martyrs était la conséquence de la déception commerciale et critique de Saint Ange. Pascal a été très touché par cet échec, il en a accumulé une rage, une colère qui s’est manifestée dans Martyrs. C’est un film si radical et qui a eu de tels déboires avec la censure, il a totalement ruiné toutes ces chances d’être regardé comme un film viable par les autres producteurs. Évidemment, ce dont on ne parle pas du tout, et qui est tout de même crucial, c’est la rentabilité. Malheureusement, toute l’affaire de l’interdiction aux moins de 18 ans autour de Martyrs a certainement fait une grosse part de la réputation du film, mais a aussi ruiné toutes les chances d’autres réalisateurs, personne n’a envie de subir la vicissitude de la censure.

A : Précédemment vous nous parliez de l’influence qu’a eue Pascal Laugier sur votre manière de mettre en scène Silent Hill, pouvez-vous développer, ainsi que sur vos autres références ?

C.G. : Lui et moi avons un point commun, nous avons fétichisé notre rapport au cinéma, pour nous, le rapport à l’acteur est important, mais il est pratiquement à égalité avec le rapport aux objets et à l’espace. Évidemment, j’allais faire un film là-dessus avec Silent Hill puisque les personnages passent d’une dimension à une autre, dans un univers cauchemardesque qui est formé d’emboîtements.

En même temps, quand je fais Silent Hill, j’adapte une œuvre déjà existante. J’ai été l’illustrateur du talent d’Akira Yamaoka et de son équipe, qui sont pour moi de vrais artistes. Par ailleurs, les fans reconnaissent le film comme une des meilleures adaptations de jeux vidéos, ce qui est incroyable, car c’est un univers très difficile à adapter. À partir du moment où je fais une adaptation, j’adapte tout avec, même ses éléments les plus rebutants. Silent Hill c’est une plongé dans un univers traumatisant, horrible, un enfer fascinant.

A : Et pourtant malgré la présence de scènes choquantes vous avez totalement évité la censure.

C.G. : Ça a été une surprise ! Quand Samuel a vu le montage, avec la petite fille passée dans la broche, ou la villageoise déshabillée de sa robe puis de sa peau par Red Pyramid. On pensait que ça ne passerait jamais. Pourtant, il n’y avait rien de réel dans ce film, tout était onirique, bizarre, rien ne pouvait se raccrocher à la réalité. L’utilisation des armes à feu est contre des monstres grotesques et difformes À partir de là, on est passé à travers les mailles de la censure. . J’ai eu plus de problèmes avec Le Pacte des Loups, notamment pour la mort de la bergère, fracassée contre les rochers au début du film et la traque des loups qui a été retiré dans plusieurs pays qui jugeaient ça trop cruel vis-à-vis des animaux.

On m’avait justement dit de faire attention, car j’allais travailler avec Sony. Pourtant, j’ai eu mon director’s cut, ils m’ont juste demandé d’inclure un personnage masculin.

A : C’est étonnant, car vous abordez des thèmes très difficiles comme le viol, la pédophilie, et ce qui en découle.

C.G. : C’est vrai que la scène où je suggère que la petite fille s’est faite violer dans les toilettes par le concierge, qu’on retrouve après sous la forme d’une sorte de scorpion maudit qui contamine les murs avec une maladie vénérienne, c’est spécial, mais c’était nécessaire.

Mais j’ai aussi essayé d’y insuffler mon amour pour la littérature fantastique de Barker, Neil Gayman. J’ai aussi une grande passion pour des auteurs plus anciens comme Jean Ray, Claude Seignolle, Thomas Owen et même avant encore pour la littérature romantique noire d’Ann Radliffe par exemple. C’est plutôt de là que je tire mon inspiration. C’est-à-dire que l’horreur comme elle était exploitée dans cette littérature, c’était l’horreur qui cachait quelque chose d’encore plus sale.

L’horreur c’est un travestissement parfois surnaturel d’une réalité absolument immonde qu’on ne peut pas exprimer crûment avec des mots qui lui correspondent, c’est-à-dire qu’on est obligé de mettre de l’horreur dessus pour créer un prisme qui fait qu’on accepte de la regarder en face alors qu’on sait que ça cache quelque chose d’horrible, comme le viol, la pédophilie, etc. C’était une démarche des grands auteurs du fantastique et elle a toujours marché. Souvent, les gens pensent que l’horreur dégrade les choses, mais non, elle dissimule des choses bien pires. Pour moi l’horreur est un surgissement, cela va apparaître, puis disparaître aussi rapidement, laissant une empreinte étrange sur le spectateur. C’est quelque chose que maîtrisent très bien les japonais, la violence, l’horreur, comme le sang qui apparaît dans leurs films, c’est très graphique. En occident on a du mal à faire ça.

A : Par exemple, que diriez-vous sur l’esthétique des films occidentaux  ?

C.G. : On n’est pas loin de trouver la façon de faire, car il y a une littérature fantastique française, une peinture fantastique française, une poésie, une bande dessinée fantastique française, mais il n’y a pas d’équivalent cinématographique. À part peut-être Orphée (Cocteau, 1950) dans la manière dont il dépeint l’au-delà par exemple, c’est assez proche de l’inspiration surréaliste, ou évidemment Les Yeux sans visage, avec la manière clinique dont il découpe le visage. Il y a là quelque part la piste d’une esthétique horrifique française.

Mais sera-t-elle acceptée par les gens qui sont massivement gagnés par le fantastique à l’américaine ? Je pense que c’est ça le problème, tout est homogène, tout est globalisé. Aujourd’hui, le réalisateur fantastique américain c’est James Wan avec Conjuring (2013) qui donne le La sur toute la production. C’est un réalisateur talentueux, quand j’ai vu Saw (2004) au marché du film à Cannes, je me souviens avoir été impressionné par sa qualité. Insidious (2010) et Conjuring contiennent des éléments sensationnels. Le problème c’est que tout le monde fait la même chose.

Actuellement, j’ai deux projets de films d’horreur, que ce soit le prochain Silent Hill ou l’adaptation de Fatal Frame Projet Zero (qui est un jeu vidéo avec un appareil photo qui prend les fantômes en photo), et ça ne devra rien à James Wann, par respect pour lui.

Quand on regarde les productions Blumhouse, même si elles se sont un peu améliorées depuis l’arrivée de Jordan Peel (Get Out, Us), ils pensent le cinéma fantastique comme un camembert en essayant de satisfaire le plus de public possible. Ce qui donne un cinéma politiquement correct, or s’il y a bien un genre qui peut se permettre d’être « malpropre » c’est bien le cinéma d’horreur. Ils doivent faire attention à tout le monde, et surtout à la communauté chrétienne de la Bible Belti américaine. Les films de James Wan sont imprégnés de cette idéologie chrétienne qui a mis Trump au pouvoir. À chaque fois qu’à la fin ils doivent lutter contre un démon, ils se mettent tous à genoux la main sur le front en disant des prières. C’est pour moi la limite de James Wan, je ne sais pas s’il y croit vraiment quand il met ça en scène, mais ils destinent ces films à ce public réactionnaire, qui serait pour moi les antagonistes d’un film d’horreur.

A : En tant que cinéphile, je trouve qu’il manque un apport culturel dans le cinéma hollywoodien.

C.G. : C’est ailleurs tout l’intérêt des festivals, ce sont des lieux où l’on voit les films les plus étonnants, c’est pour ça que je ne rate ni le PIFFF ni l’Etrange Festival avec mon bâton de sourcier pour trouver une nouvelle pépite. De temps en temps, tu tombes sur un film comme It Follows, ou Hérédité, ou tu es plutôt content d’avoir pu assister à ça. Par exemple le meilleur que j’ai vu à l’Etrange Festival cette année c’était le film indien Tumbbad (Rahi Anil Barve et Anand Gandhi, 2018) et je l’ai vu dans une salle vide, il n’y avait personne. C’est dommage, car c’était le film le plus original. C’est invraisemblable, c’est l’histoire d’un homme qui va voler un trésor dans la matrice d’une déesse qui a enfermé son fils malade. C’est improbable, et ils arrivent à le mettre à l’écran. Ça représente vraiment ce que je cherche.


i Bible Belt est une zone géographique des États-Unis regroupant une quinzaine d’Etats, où les citoyens se revendiquent d’un protestantisme rigoureux et conservateur.


Entretien mené le 7 Janvier à Paris et retranscrit par Marison De


images : Silent Hill, Crying Freeman et Saint-Ange