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Entretien avec Remy Barbe

Aujourd’hui, nous nous entretenons avec Remy Barbe, créateur du collectif de réalisateurs Les films de la Mouche. Fraichement sorti de sa formation de l’ESRA, il nous raconte son parcours de jeune réalisateur, dont les courts-métrages ont été primés dans les festivals français spécialisés dans le film de genre.

Amorces : Peux-tu nous parler de la manière dont s’est construit Les films de la Mouche ?

Rémy Barbe : Avant toute chose, je tiens à préciser que mes propos n’engagent bien évidemment que moi, je parle ici en mon nom, et non celui de mon collectif ni de ses membres. En France, il y a un culte de l’artiste-réalisateur en solo, or je voulais vraiment m’inscrire dans une démarche de groupe qui défendrait une étiquette collective, qui ose proposer des choses singulières. Et puis j’ai toujours été persuadé que le travail de groupe est plus enrichissant (et rassurant aussi, quand tu débutes) et qu’il permet de décupler la force de travail. J’ai trouvé ça très excitant de nous articuler symboliquement autour d’un nom qui évoque un des cinéastes les plus novateurs et passionnants de son temps. Je parle évidemment de Cronenberg, et plus spécifiquement de son film La Mouche, qui reste un de mes grands classiques.

En arrivant à l’ESRA en 2014, Joséphine Hopkins et Joseph Bouquin m’ont très rapidement rejoint. Nous avons constitué notre équipe lors de la formation, ce qui nous a permis de trouver des personnes de confiance avec qui nous pouvons travailler librement. Par ailleurs, et c’est finalement ce que l’école nous a apporté de mieux, nous nous sommes fait des contacts et avons consolidé notre groupe.

On a par exemple travaillé avec David Scherer, un grand professionnel des effets spéciaux qui nous a accordé son aide, sans attendre quoi que ce soit en retour. Il n’a aucun mal à aider de jeunes réalisateurs comme nous, David est un accompagnant professionnel d’une bienveillance exemplaire. Il nous a énormément aidés, et a permis de rendre réels nos fantasmes de jeunes cinéastes. Le simple fait de créer physiquement le monstre vaginal et tentaculaire, de Margaux, notre film de 2ème année, co-réalisé à 3, nous a fait retourner en enfance. Un pro de SFX nous fait un monstre, un vrai ! C’était hallucinant, un rêve de gosse. Forcément, l’expérience a été réitérée avec lui sur les autres films.

Dans le cadre des études, Les Films de la Mouche nous a aidé à nous faire un nom, une identité, mais aussi de faire face, rapidement, en réalisant une vingtaine de petits projets, tous plus ou moins fauchés et DIY. Dès le début des cours, on a commencé à écrire, réaliser, monter et diffuser nos projets. Ce qui nous a finalement permis d’aller au festival international du film fantastique de Gérardmer au bout d’un moment. Jamais on n’y serait allé si on ne s’était pas « fait la main » avant avec nos multiples petits films. La force du groupe a été un vrai avantage pour défendre nos idées, ainsi qu’un gain de temps considérable.

A : Justement, pourrais-tu nous expliquer comment tu as réussi à proposer ta vision du cinéma dans une institution telle que l’ESRA ?

R.B : L’école est un petit système indépendant qui est un avant-gout très représentatif de l’industrie cinématographique française. Elle est régie par les mêmes mentalités, le même héritage d’une certaine idée d’un cinéma français, très post-Nouvelle Vague. Une vision que partage le corps enseignant et qui  peut assez vite créer un décalage évident avec les étudiants. 

Évidemment c’est compliqué quand tu n’es qu’un étudiant et que tu veux faire un film qui s’apparente au « genre », qu’ils connaissent mal. Pascal Laugier (nldr Martyrs, Ghostland) m’expliquait qu’il était également à l’ESRA et qu’en son temps, il y avait déjà des enseignants, qui malgré leurs connaissances approfondies sur le cinéma en général, ne reconnaissent pas l’apport qu’a eu le cinéma de genre sur tout un pan de l’histoire cinématographique. Systématiquement, on nous ressort (à lui d’abord et à nous, d’une certaine manière) cette rhétorique rance : « Mais pourquoi voulez-vous faire du fantastique ? Le cinéma est fantastique par essence… ». À cela s’ajoute une difficulté supplémentaire qu’est la concurrence entre les étudiants, qui se rêvent artistes et ont besoin de s’évaluer les uns par rapport aux autres, parfois dans une malveillance et une condescendance assez frappante. C’est très « normal » mais ça contribue à créer un bordel géant dans lequel les obstacles viennent à la fois des étudiants, mais aussi du corps enseignant qui hérisse vite sa barrière quand tu évoques le genre. A quelques maigres exceptions de professeurs, accompagnants et  responsables, qui ont eu le courage et la bienveillance de nous appuyer comme ils le pouvaient.

 

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A : Comment fonctionne cette institution par rapport à la production et la réalisation de vos courts-métrages ?

R.B :  L’ESRA à un système particulier : en première année tout le monde est dans le même bateau, il n’y a pas de spécialité. On décide à main levée quels scénarios seront choisis. Puis les projets sélectionnés passent devant le responsable des créations d’élèves, qui décidera des quelques scénarios adaptés en fin d’année. Pour Les films de la Mouche, on avait cette force d’être trois. Joséphine, qui était dans une autre classe, a réussi à faire sélectionner son court-métrage, car l’aspect « genre » était légitimé par une vision d’auteur très « Lynchienne » et ça, c’est une référence qu’ils avaient. Donc elle a réussi à faire passer son projet de manière assez maligne. Avec Joseph, on avait un scénario beaucoup plus cru et frontal, qui n’est pas passé. On a donc dû réaliser le scénario d’un autre.

Mais c’est à partir de la seconde année que les choses ont commencé à réellement se concrétiser. Avec LFDLM on était enfin réunis dans la même classe, on a écrit un scénario de manière plus rigoureuse et profonde avec un accompagnant scénario, qui nous a aidés à développer notre projet, dont la volonté était de proposer un pur et dur film fantastique : Margaux. L’histoire d’une jeune femme qui découvre sa sexualité à travers ses rencontres avec un monstre vaguement Zulawskien. L’aspect « vision d’auteur » a dû être volontairement surligné de notre part, pour permettre à notre film d’être accepté à la commission. On a même fini premiers de promo, car le film a été remarqué, et le geste salué par les enseignants. Le film a pu être primé en festival, notamment au PIFFF (où nous avons gagné le prix du jury) et à Gérardmer, ce dont l’école était évidemment très satisfaite.

Enfin, durant la 3ème et dernière année, les choses se sont : il faut choisir une spécialisation. On a décidé stratégiquement d’écrire et réaliser en solo, pour que chacun puisse se spécialiser en réalisation et travailler sur un film très personnel, une sorte de manifeste de nos intentions de jeunes cinéastes. On devait tous écrire notre propre scénario, et il y en avait une quarantaine par année pour seulement huit de réalisés au bout du compte. C’était un pari risqué : Joséphine s’en est très bien sortie, elle a continué dans la veine fantastique de Margaux avec Le jour où Maman est devenue un monstre, alors que j’ai décidé d’explorer un mélange plus bâtard d’horreur surréaliste et de drame, et  Joseph une comédie dramatique teinté de fantastique désenchanté. Jamais je ne me suis dit que mon projet, appelé Et le Diable rit avec moi, allait être retenu. Et au final, seul Joseph n’a pas pu traverser les mailles du filet.

 

 

A : Comment cela se passe concrètement pour présenter un projet tel que Et le Diable rit avec moi dans une telle institution ?

R.B : Heureusement qu’on a pu être remarqués en festivals avant, ça nous a permis d’assoir une certaine légitimé. Finalement, j’ai eu la validation, parce que j’ai su défendre mon projet (j’y étais plus que préparé), mais surtout pour des raisons politiques. Un des profs m’avait dans le nez à la commission, et a déclaré : « Avons-nous le droit de laisser les élèves faire ce genre de trucs ?», ce qui a été mal perçu par le directeur, qui l’a vu comme une attaque à la liberté du client, car c’est une école privée, le client y est roi. Il s’est immédiatement défendu en disant que dans son établissement les élèves pouvaient tout faire sauf de la « pornographie et des films faisant l’apologie d’un mouvement d’extrême droite ». Par principe d’exclusivité et d’exception, ils ont donc accepté mon projet, sous couvert de nombreux avertissements et mises en garde. Pour d’obscures raisons, j’ai au final pu faire le film comme je l’entendais, avec un format de 25 minutes (alors que le format standard imposait 15 minutes) et le final cut que je voulais. Mais une fois le film passé en jury de fin d’études, il a été pris de haut par toute la brochette de professeurs analystes, essayistes, historiens… Mon film a été pris pour un vulgaire exercice de style, certes « bien réalisé », mais pas comme un vrai film, ce qui était particulièrement agaçant et frustrant. Je n’ai pas eu le droit au DCP offert pour les meilleurs jeunes réalisateurs de la promotion. Et finalement, quand Et le Diable rit avec moi a fait le tour des meilleurs festivals de films de genres français (dont Gerardmer où j’ai reçu le Grand Prix du Court-Métrage), le point de vue de l’école a subitement changé. Ils m’ont instantanément accordé un DCP, agrémenté de leurs chaleureuses félicitations…

Quelques temps plus tard, j’apprends par les étudiants de la promo suivante que les projets de films de genre ne seraient plus acceptés par la commission de l’ESRA, ni par la direction. C’est parfaitement ridicule et la preuve irréfutable que l’école fonctionne exactement de la même manière que le circuit de financement d’un film « in real life » : les films de genres sont des anomalies, des exceptions, des petits miracles plus ou moins réussis qui résultent d’une erreur incontrôlée créant une brèche qui se referme aussi tôt.

 

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A : Finalement, les festivals vous ont aidé à faire votre place dans le milieu.

R.B : Ça nous a apporté de la visibilité sur nos courts-métrages, mais aussi une légitimité au sein de ce microcosme qu’est le cinéma de genre. C’est plus facile d’aller voir un producteur quand tu as été primé à Gérardmer par exemple. C’est aussi très formateur de se confronter à un public et d’apprendre à défendre nos films. Ce sont des expériences qui font vivre un cinéaste, qui donnent envie de continuer, même si ça ne garantit pas une carrière pour autant, c’est une véritable récompense symbolique. Ça permet de rencontrer ceux qui sont déjà installés dans ce microcosme, et de commencer à s’imbriquer dans le milieu. Concrètement, ça n’apporte jamais de réels débouchés, ou alors juste pendant le temps du festival, puis ça se tasse de nouveau jusqu’à la fois suivante.

On n’a pas encore été sélectionné dans des festivals plus généralistes,  les étiquettes ont la peau dure et c’est compliqué d’être pris quand tu ne colles pas exactement à ce qu’on attend de toi en tant que réalisateur français. Soit tu fais du genre et auquel cas tu restes dans cette petite famille marginale pour y rester bien souvent coincé, soit tu aspires à être « auteur », auquel cas tu peux prétendre à aller à Cannes, à Venise ou dans d’autres institutions reconnues. Le but c’est quand même d’aller dans ces festivals-là avec des films qui n’y vont pas normalement. Si tu réussis à faire ça, alors ça devient vraiment intéressant !

A : L’aide au cinéma de genre proposé par le CNC, n’est-ce pas un espoir pour l’avenir du cinéma de genre ?

R.B : Il faut se méfier de ce genre d’espoir, il s’agit comme je l’ai dit avant d’une brèche qui se referme très vite. Cette aide de So film pour le genre est assez horrible, je rejoins d’ailleurs Pascal Laugier à ce sujet. On prend ça comme une sorte d’espoir, comme une main tendue vers le cinéma de genre, mais en fait ça ne fait que le marginaliser encore plus, ça le rend un peu « tiers monde » du cinéma français. Un peu comme si les institutions  disaient « Regardez, eux aussi ils ont le droit de faire des films, ces réalisateurs différents, eux aussi ils ont le droit aux aides ». L’intention reste louable, certes, et je la comprends, mais je la trouve maladroite. Il n’y a pas de schisme à faire entre le cinéma de genre français et le cinéma français en général. On mérite le même statut que Desplechin et Dany Boon, pour prendre deux extrêmes. D’autant plus quand on sait très bien que c’est un enfer de produire ce genre de film ici.

En même temps, c’est très paradoxal, car la marginalité du cinéma de genre est noble, c’est aussi ce qui fait son intérêt et sa beauté, dans sa position de contreculture. Et encore une fois, je rejoins Pascal, quand il dit qu’il y a une sorte de schizophrénie qui s’opère dans le cerveau des cinéastes de genre, à savoir cette volonté d’être en dehors, tout en désirant être reconnu par ce même système. Ce qui est normal, en tant qu’artiste on a envie que notre travail soit remarqué pour ce qu’il est. Et je l’affirme, c’est ce qui fait toute sa beauté, c’est un cinéma qui ne devrait pas avoir à se plier pour convaincre ou séduire en jouant les intellos. Le problème est que nous restons figés dans une vision d’un certain cinéma d’auteur : un cinéma du scénario, un cinéma du « réalisme » à tout prix et un cinéma à la problématique trop souvent rattachée aux problèmes de société. Je n’ai absolument rien contre ces sujets ou thématiques en eux-mêmes, mais je ne me sens pas sociologue ni théoricien, et nous ne savons plus considérer le geste auteur qu’à travers ce prisme. Moi je veux faire du Cinéma. Un cinéma du ressenti, du viscéral, de l’impalpable. De la poésie.

Pour revenir à cette aide, elle ne donne de chance qu’à très peu de projets et fonctionne aussi sur le relationnel, dans le sens où ceux qui ont déjà fait leurs preuves avec telle ou telle personne bénéficieront plus facilement de cette aide qui se doit d’être une réussite politique et financière. C’est malheureusement le principe de toute aide. On est encore loin de l’aide réelle, juste et objective à mon sens. Certains disent que Grave de Julia Ducournau ouvre une brèche et vient apprendre à tous ces conservateurs arriérés du CNC que le cinéma de genre peut avoir un œil d’auteur. Peut-être que l’avenir de ce cinéma se situe donc dans une forme hybride assez frontalement assumée. Peut-être qu’il faut passer par là avant d’arriver à une sorte d’Eldorado ou les artistes n’auraient pas à s’excuser d’en être et n’auraient pas non plus à systématiquement se justifier par le prisme de l’intellectualisation de ce cinéma.

A : Est-ce qu’il ne s’agirait pas d’une problématique typiquement française ?

R.B : Évidemment, il y a beaucoup de drames sociaux, de films d’auteur moroses, mais il n’y a pas non plus que ça. Le cinéma a été, et est toujours, parfois, formidable. Il propose des choses fabuleuses que j’ai envie de défendre. Je ne porte pas spécialement de drapeau, mais j’aimerais continuer ici, la France est un pays de cinéma. Après, c’est toujours le même problème, j’aimerais qu’on sorte de cet état de stase, qui a une certaine idée du cinéma d’auteur post-Nouvelle vague. Il faudrait trouver une alternative en faisant des propositions fortes, des visions singulières de cinéma. Quel que soit le genre, ou le sujet, le cinéma français manque de panache et se repose sur un héritage passé. Il est temps d’un nouveau cinéma français, quelque chose de neuf qui nous ferait dire que la France se réveille enfin en proposant un cinéma différent. S’il faut que j’aille ailleurs pour réaliser ces films et en vivre, je le ferai, mais j’aimerais vraiment, vraiment éviter ça.

 

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A : Quelles sont donc tes perspectives de carrière personnelle par rapport à ce contexte ?

R.B : Si l’on me permet de poursuivre ma carrière, je le ferai. Le cinéma c’est un des seuls domaines artistiques où ta capacité à l’exercer dépend de l’habilité d’une tierce personne à te dire oui ou non. C’est l’absurdité même de ce milieu, on ne peut pas faire autrement. Je continuerai c’est certain, mais est-ce que je pourrai ? Je n’en sais rien, pour l’instant, même si ce n’est pas mal parti (que ce soit avec le collectif ou individuellement) et que j’ai déjà développé pas mal de projets pour mon jeune âge, on se fout totalement de ce que j’ai à dire. Et c’est normal, je ne suis pas grand-chose ! En tout cas, on a des idées de longs, sur lesquelles nous travaillons. Personnellement, j’ai trouvé une maison de production pour mon dernier court-métrage, qui sera la transition vers un format plus long. On a eu la chance d’avoir une certaine légitimité avec Les Films de la Mouche, maintenant les choses vont se corser…

A : Pouvons-nous conclure sur ta vision du cinéma d’horreur français ?

R.B : La France est, quoi qu’on puisse en penser, une terre de cinéma de genre. Elle l’a bien prouvé que ce soit à travers les films de Franju ou de Tourneur. Même dans ces vagues à la fois touchante et maladroite que sont le Splat-pack, et la New French Extremety, comprenant des réalisateurs comme Maury & Bustillo ou encore Xavier Gens et même Laugier (bien qu’il ait à la fois déterré et enterré cette mouvance en y mettant un dernier coup de pelle avec Martyrs). On en est capables en France, et je pense qu’on n’a pas dit notre dernier mot en terme d’horreur. Le problème c’est qu’il faudrait que le cinéma d’horreur français s’émancipe de ce réflexe d’exister à travers le prisme de l’hommage et de la référence, allant parfois jusqu’à imiter un modèle d’horreur à l’Américaine. Il faudrait en sortir avec des œuvres beaucoup plus personnelles, comme Fabrice Du Welz et son film Calvaire, qui est formidable dans la manière dont il se ré-approprie des références, tout en posant les bases de son univers. L’ironie étant que Du Welz est belge et pas français… On a décidément beaucoup de choses à apprendre de nos voisins. J’aurais tendance à dire qu’il faudrait prendre exemple sur ces films-là, comme Calvaire ou Martyrs, qui ont compris le cinéma d’horreur, ses mécanismes, ses rouages, et qui l’utilisent de manière novatrice et surtout, personnelle.

C’est aussi ce que nous essayons de faire à notre petite échelle dans LFDLM, en piochant des références dans toutes les formes de cinéma, que ce soit l’horreur, le fantastique, le surréalisme, le drame, etc… Peu importe le ton dans lequel on décide de se plonger, l’intérêt c’est de se le ré-approprier pour faire quelque chose qu’on n’a jamais vu avant. Sans pour autant tomber dans le post-modernisme ou le cynisme, comme tout ce cinéma post-Scream (nldr. Wes Craven) qui se moque des ingrédients desquels il est fait. Faire de l’auto-conscience une thématique, qui a certes donné des films parfois passionnants mais qui confère à l’horreur un regard tourné vers son nombril, ne lui permettra pas d’évoluer sur le long terme. Cette révolution est, elle aussi, plus que passée.

Les producteurs sont aussi très frileux, et on peut les comprendre, c’est eux qui font le pari. Il faudrait que deux ou trois films fassent un vrai succès tangible et observable pour que les producteurs aient moins peur. Ils vont vers ce qui fonctionne, c’est normal, et même s’il reste quelques irréductibles passionnés, les autres auront tendance, au mieux, à s’ouvrir à une mode dans la continuité de Grave, avec des films qui s’inscrivent dans le genre sans vraiment en être complètement (même si j’aime beaucoup Grave). Il faudrait des succès qui donneraient l’envie au producteur de tenter. Tant que le cinéma d’horreur n’existe que dans des sphères underground de geeks et d’initiés, ça n’aura aucune rentabilité réelle dans la mesure où ces films auront été faits dans et pour un circuit fermé. À nous artistes, scénaristes et réalisateurs d’être malins et créatifs en produisant des œuvres originales et radicales. N’oublions pas que le cinéma c’est raconter des histoires, qui nous font vivre des choses fortes, de l’ordre de la réflexion, certes, mais surtout, et dans un premier temps, du « choc ». Sans concessions. La réflexion sera permise par quelque chose qui nous bouscule, qui ose, et qui va jusqu’au bout de ce qu’elle a à proposer.

Alors faisons des poèmes, des œuvres totales et les plus abouties possibles, et qui, quitte à être attaquées sur différents points pour x ou y raison, ne pourront jamais l’être sur leur intégrité.

Entretien mené par Marison De