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Franchir la ligne, Parasite de Bong Joon-Ho

Pour répondre aux exigences de Bong Joon-Ho, nous essaierons de ne pas trop dévoiler l’intrigue, et nous aborderons donc qu’une séquence particulièrement intéressante dans sa mise en scène mais aussi et surtout dans la synthèse de ce qui se raconte dans le film.

Kim, Jessica et Kevin (le père, sa fille et son fils) sont cachés sous la grande table basse du salon tandis que Monsieur et Madame Park, à qui appartient la maison, ont décidé de dormir sur le canapé – tout près de la table – afin de surveiller leur fils, Park Da-Song. Ce dernier a décidé de camper dans le jardin sous une tente indienne. Le salon par sa grande baie vitrée donne directement sur le jardin, si bien que les intrus sont encerclés par les parents et leur fils. Véritable séquence d’humiliation, le patron de Kim commente son odeur, difficilement acceptable, la comparant à celle des gens dans le métro – sa femme qui ne prend plus le métro depuis un moment ne se rappelle plus l’odeur. Le mari commence alors à masser le sein de sa femme, à sa demande dans le sens des aiguilles d’une montre, sinon le plaisir ne vient pas. Puis son sexe. Ceci toujours au-dessus des vêtements de sa femme. Elle met alors la main sous le pantalon de son mari pour le masturber. « Plus bas » lui dicte-t-il, à peine a-t-elle mis la main dans le caleçon. « Le bas » est un mot, qui a toute évidence une importance cruciale dans le film, tant dans sa métaphore que dans le lieu, l’architecture, qu’il représente. Durant tout le film le mari parle d’une ligne à ne pas franchir, une ligne qui départage les riches et les pauvres. Cette ligne se matérialise d’abord par les riches qui habitent et regardent le monde en prenant de la hauteur, tandis que les pauvres regardent le monde en contre-plongée, si bien qu’on pisse sur leur maison comme dans un caniveau. Aussi, elle est présente dans la manière dont un individu pauvre doit s’adresser à quelqu’un d’une classe sociale plus élevée, sans jamais rentrer dans des sujets trop personnels par exemple. Ici, une deuxième ligne se matérialise. Celle entre le mari, chef d’entreprise, et sa femme, qui est au foyer. Au sein même du couple préexiste ces deux niveaux que sont le bas et le haut de l’échelle. Le mari reste prude, ne se salie pas les mains, peut-on dire. Déjà, à plusieurs reprises dans le film, quand il rentre à la maison, il se dirige directement vers l’étage, tandis qu’elle reste en bas. Lorsqu’il est au travail, il est le chef d’entreprise, tandis qu’elle est cheffe de la maison, avant de redevenir sa manager lorsqu’il rentre. D’ailleurs elle profite de son absence et se joue aussi de sa naïveté à plusieurs reprises, comme a pu le faire la famille de Kevin depuis le début du film [1]. Ce simple geste révèle la relation hiérarchique, de supériorité, entre le mari et sa femme, qui s’impose  sous sa forme intime après avoir été entrepreneuriale.

Adeline Maturana

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[1] « On se lisse quand on devient riche », dit la femme de Kim pendant une scène de buvette.


Gisaengchung (132 min, 2019) Réalisation et Scénario : Boon Joon-Ho Scénario et dialogue : Jin-Win Han Image : Hong Kyong Pyo Décors : Ha-Jun Lee Montage : Yang Jinmo Musique : Jae-Il Jung


image : Parasite (Bong Joon-Ho, The Jokers Films, Les bookmakers)

4 commentaires sur « Franchir la ligne, Parasite de Bong Joon-Ho » Laisser un commentaire

  1. J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte et blog très intéressant. Je reviendrai m’y poser. N’hésitez pas à visiter mon univers. Au plaisir.

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