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C’est à l’occasion de la 14ème édition du Panorama des Cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient que les rédacteurs d’Amorces ont pu aller voir la comédie de Sameh Zoabi Tel Aviv on Fire, également en sortie nationale depuis le 3 Avril, mais aussi Dachra, film d’horreur tunisien du réalisateur Abdelhamid Bouchnak, qui n’a pour le moment aucune date de sortie.

Première partie : Tel aviv on Fire

Le film débute sur un tournage, celui d’un soap-opera nommé Tel Aviv on Fire. L’histoire de ce dernier ? Nous sommes en 1967, la guerre des six jours est imminente. Une espionne palestinienne – interprétée par la star française Tala – est ordonnée par son amant (travaillant dans les renseignements palestiniens) d’aller charmer un général israélien afin de récupérer des plans secrets d’une offensive à venir. Salam, palestinien d’une trentaine d’année, est stagiaire sur la série de son oncle Bassam, pour laquelle il s’occupe de corriger les textes en hébreu – la série est financée par l’Israël. A la suite d’un quiproquo aux abords d’un check-point entre Jérusalem et Ramallah (où se déroule le tournage), il se retrouve à réécrire des scènes avec Assi, un officier israélien, avant d’aller les proposer à son oncle, en conséquence de quoi la scénariste, agacée, décide de partir.

Assi et Salam, n’ont pas le même point de vue, il y a l’occupant et l’occupé. Ainsi le scénario de la série est tourné dans tous les sens afin de plaire au principe de l’un ou l’autre, mais aussi à la censure, faisant face alors à tous les dilemmes qu’engrange le conflit israélo-palestinien. Il est aussi et surtout écrit pour plaire à deux femmes, à l’opposé l’une de l’autre, en Cisjordanie et en Israël. Celle d’Assi et l’ex-copine de Salam, Mariam, qu’il essaye de reconquérir. La femme d’Assi adore le feuilleton. Pour l’impressionner, il demande (ordonne) à Salam de réécrire la fin de l’histoire afin que l’espionne palestinienne se marie avec le général israélien plutôt que le palestinien, le soap étant réputé antisioniste. Pour Salam, cette solution est utopique et impensable, ce mariage n’aura pas lieu si la réalité ne change pas.

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Le conflit est toujours présent, même au sein d’une histoire de houmous. Aujourd’hui encore, c’est la guerre du houmous, on se dispute la paternité de ce dernier [1]. Salam enfant, a été contraint par l’intifada de se cacher dans une cave où il avait pour seule nourriture du houmous en conserve. L’officier Assi en raffole, et c’est avec ça que Salam, qui ne peut plus en manger, le convainc d’écrire le scénario avec lui tous les jours. Il en résulte alors un fort message politique et ironique de la part du réalisateur dans le fait que le militaire israélien mange du houmous industriel sans même faire la différence tandis que Salam décide d’en manger pour la première fois seulement dans le meilleur restaurant de la ville. Mais aussi dans le fait qu’il s’agit du seul repas partagé par les deux protagonistes au moment même où il trouve la seule solution scénaristique qui pourrait plaire à Assi, à son oncle et aux censeurs. Une fin qui lui permet aussi d’écrire une deuxième saison, pour répéter encore et encore l’histoire chimérique d’un couple israélo-palestinien.

Tel Aviv on Fire est alors un parfait mélange entre humour, romantisme, voire film à suspense. Une histoire romantique et de l’humour autour d’un sujet aussi grave qu’est le conflit actuel, c’est ce à quoi le réalisateur Sameh Zoabi préfère s’accrocher. Comme il le dit, faire de la comédie sur un sujet tragique, c’est une façon de survivre, c’est un « humour du ghetto »[2], rappelant alors la conclusion du film Les voyages de Sullivan (1941) de Preston Sturges, où Sullivan après son voyage – qu’il effectue déguisé en SDF afin de réaliser un film sur la pauvreté – en déduit que le monde a besoin de rire. Et au fond c’est ce que recherche le réalisateur, car le film fera rire à la fois israéliens et palestiniens lors d’une projection à Haïfa [3].

Adeline Maturana

[1] https://www.monde-diplomatique.fr/mav/142/BELKAID/53430

[2] http://www.sofilm.fr/le-film-de-la-semaine-tel-aviv-fire

[3] ibid.


Tel Aviv on Fire (2019, 97 min) Réalisation et Scénario : Sameh Zoabi Photographie : Laurent Brunet Montage : Catherine Schwartz Musique : André Dziezuk Distribution : Haut et Court (France) Production : TS Productions, Samsa Film, Lama Films, Artémis Productions


 

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Deuxième partie  : Dachra

Unique représentant de son genre en Tunisie, le film d’horreur autoproduit Dachra connait une belle trajectoire en festival. Découvert à l’occasion du Panorama des cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient au cinéma l’Ecran de Saint-Denis, Dachra oscille entre références canoniques et volonté de tirer parti du cru local.

Yasmine, Bilel et Walid, trois jeunes étudiants en école de journalisme, se lancent sur la piste d’une femme Mongia accusée de sorcellerie pour réaliser leur reportage de fin d’année. Celle-ci les amènera à rechercher le village de Dachra, village perdu au milieu de la forêt où ses habitants réalisent encore d’étranges rites ancestraux impliquant le rapt d’enfants.

Abdelhamid Bouchnak cherche avec ce premier long métrage d’horreur à exhumer des histoires populaires encore vivaces aujourd’hui. Le film s’inscrit dans une volonté clairement affichée d’évoquer le tabou des rites de sorcellerie sur des enfants, pratique encore usitée dans certains recoins du Maghreb. Ainsi, tout le film semble alors converger vers cette actualité, ce qui nuit parfois à l’écriture du film lui-même : les moments de doute autour de la perception de la réalité ménagés par le récit en pâtissent pour leur crédibilité, et ne semblent exister que pour le récit lui-même, sans mettre pour autant le regard du spectateur en difficulté. C’est parce que le dénouement est jusqu’au-boutiste qu’une empathie pour les personnages peut alors se manifester tant le récit semble tenir sur un chemin bien délimité et usant de ficelles facilement identifiables.

Dachra donne alors le sentiment d’être un spectacle, un rituel savamment orchestré, destiné à se reproduire devant la caméra sans pour autant que la mise en scène sache toujours en faire un principe ou un parti-pris. Le travail sur le bord-cadre, s’il révèle parfois une profondeur de champ inquiétante, comme une bouche de passé béante, contribue parfois au sentiment d’exclusion face aux enjeux des séquences qui se déroulent sous nos yeux. Abdelhamid Bouchnak semble alors se chercher en tant que styliste, mais nul doute que de films en films, celui-ci saura retrouver son chemin à travers les terres de cauchemar qu’il souhaite arpenter.

Célestin Ghinéa

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Dachra (113min, 2019) Production, réalisation, montage & scénario : Abdelhamid Bouchnak Image : Hatem Nechi Musique : Rached Hmaoui & Sami Ben Said Avec : Yassmine Dimassi, Bilel Slatnia, Aziz Jbali.


images : Tel Aviv on Fire (Sameh Zoabi, Copyright Patricia Peribañez, TS Production, Lama Films et Artemis Productions, 2019), Dachra (Abdelhamid Bouchnak, 2019)

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