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Le 31 Août 1994, l’Armée Républicaine Irlandaise provisoire décide d’un cessez-le-feu durant le conflit Nord-Irlandais « The Troubles » qui dure depuis la fin des années 1960. Quatre jours après, le cinéaste français Henri-François Imbert est en voyage à Belfast pour enquêter sur l’origine d’une pellicule Super 8 laissée inachevée dans une caméra offerte quelques années auparavant. Une enquête qui construit et donne naissance à son film Sur la plage de Belfast.

Ce que l’on peut voir sur ce morceau de film est une famille Irlandaise à la plage. La scène est accompagnée de deux autres séquences : une femme qui montre ce qui semble être un plat en argent et quelques images tremblantes chez un antiquaire.

Le cinéaste le dit : il est « un voyageur qui va à Belfast pour rendre ce film », Sur la plage de Belfast est rythmé par les images rayées de ce film de famille. Comme une preuve, nous sommes obligés d’y retourner afin d’y créer des liens, de comprendre aussi l’itinéraire entrepris par le réalisateur, les indices qui l’amènent à se retrouver dans un endroit spécifique.  L’aventure de ce petit film prend forme : il a voyagé entre Bangor (Irlande du Nord), Bognor Regis (Angleterre) et enfin Paris. L’un des personnages, Mollie, s’étonne « C’est incroyable qu’une caméra puisse voyager autant ».

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© Dylan Nibert

Sous ces airs de chasse au trésor, Sur la plage de Belfast est surtout un film qui voyage dans les souvenirs. Le cinéaste réenclenche la mémoire des individus qu’il rencontre afin qu’ils se souviennent de ce qu’ils ont vécu douze ans auparavant. L’enquête établit alors une chronologie à la fois historique et affective. Le réalisateur constate en effet qu’il est là pour retrouver une famille plutôt que pour un reportage sur la guerre et la paix. Cela n’empêche pas de parcourir l’Histoire de l’Irlande qui se profile à partir des différentes anecdotes construisant alors une mémoire collective : un serveur qui migre au Canada à cause des conflits de 1969 ; de même monsieur Lennon obligé de partir car il n’y a plus de travail au début des années 1960 – la grande période de l’Irlande était au début du siècle avec les chantiers navals et la construction du Titanic.

Avec ceci, le cinéaste permet aux personnages de découvrir ces images qu’ils n’avaient jamais vues, et parallèlement cette famille permet au cinéaste de découvrir l’histoire de ce film en détail. Charmaine, petite fille de 5 ans qui éclabousse sa grand-mère Mollie et sa mère Lorraine, à la demande d’Alec, le filmeur. Il y aussi son père Jack, « Jackie », qui essaie d’apprendre à nager avec une bouée. Puis on apprend finalement que le plat en argent s’avérait être un trophée de bowling remporté par Mollie.

Douze ans auparavant cette famille se retrouvait à la plage, filmée par Alec le mari de Mollie, décédé quelque temps après et laissant secrètement derrière lui ce bout de pellicule inachevée. Nous ne voyons jamais Alec à l’écran, mais les mouvements de caméra témoignent de sa présence. A la fin du film, Jack explique que si l’histoire a débuté par la découverte de la pellicule, le film du cinéaste doit alors se terminer sur cette même plage, afin d’y voir la différence. Il y a alors ce montage d’images Super 8 du passé et images numériques du présent. Soudain, les membres de la famille s’emparent de la caméra Super 8 afin de se filmer entre eux. Dans le prolongement de la démarche d’Alec, ils capturent un souvenir et prolongent de fait leur mémoire. Le cinéaste repense alors à tous ces films de famille qu’il capture, au fait d’utiliser la caméra comme un outil de lutte contre le temps qui passe mais aussi et par conséquent un moyen de refuser la disparition de ceux qu’on aime. Alec construisait au fil de ses films une mémoire filmée. Sur la plage de Belfast permet de voyager au cœur de cette mémoire. Nous y voyons Charmaine en train de se filmer lorsqu’elle avait 5 ans ; un simple regard dans l’œilleton de la caméra et le passé s’ouvre à la contemplation. 

Adeline Maturana

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Sur la plage de Belfast  (1996, 40min) Scénario, image et son : Henri-François Imbert Montage : Marianne Rigaud, Henri-François Imbert Musique originale : Silvain Vanot  Mixage : Fabrice Conesa Alcolea Production : Libre Cours Distribution France : Agence du court-métrage, Shellac 


images : Sur la plage de Belfast (Henri-François Imbert, 1996)


Partie 1/7 : A l’aube du deuil
Partie 2/7 : Le journal intime de Nanni Moretti, voyages en terres cinéphiles

Partie 3/7 : Don Orson Welles, réalisateur du Quichotte
Partie 4/7 : Un road-movie à pied

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