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Quentin Dupieux le répète : c’est un amateur. Un amateur de cinéma, un cinéaste amateur qui pour son premier film français décide de tourner un huis-clos policier où l’on s’amusera, en bons amateurs que nous sommes aussi, à en déceler les influences.

Dupieux semble s’amuser des clichés associés à son cinéma : ainsi s’arrange-t-il pour nous livrer une introduction saugrenue d’un chef dirigeant, en slip rouge, une symphonie de Mozart qu’il fait alors entrer dans le commissariat par la faveur d’un poste de radio diffusant la même symphonie. Puis à donner au spectateur un aperçu du programme, qui s’annonce fastidieux : un interrogatoire où le commissaire Buron vérifiera au mot près sept allers-retours de Fugain avant la découverte d’un cadavre en bas de chez lui.

Amateur très conscient de ses moyens, Dupieux joue par son écriture à exhiber plus ou moins subtilement le fonctionnement de son récit. Si Au Poste ! est hilarant dans la façon dont il fait entendre le langage et ses rouages, il est plus fastidieux dans l’exhibition de ses propres rouages : tombant parfois dans la démonstration : plus efficace dans la mise en scène de la parole, Dupieux cherche à mettre aussi en scène son écriture, quitte à tomber dans la démonstration un peu maligne de celui qui cherche à faire de la forme un discours sur le fond. Ou pour le dire autrement : plus intéressé par le processus, la stratégie de Dupieux consiste à parsemer le film d’indices sur la mécanique de son récit, faisant d’Au Poste ! un film plus enclin à révéler ses entrailles qu’à faire courir son récit. La farce est sauve.

Au Poste Dylan

La critique lue par l’un des personnages, du très influent Figarock, fait état d’un « film génial dans sa première partie et poussif dans la seconde ». À l’un des personnages de rétorquer alors « C’est ça qui est génial, c’est que c’est poussif et génial ! » . C’est très bien ce qu’on pourrait imaginer dire d’un certain cinéma populaire franchouillard, auquel Dupieux espère faire appartenir son film, pensé comme une comédie policière de boulevard. Au Poste ! s’inscrit alors directement dans un dialogue avec les films de Blier, Buñuel, Miller : son propos, c’est le cinéma, ou plutôt, la fiction dont l’évaluation se base sur la cohérence de celle-ci. Au Poste ! est un film de cinéphile, et se comporte comme tel : il ne cesse de faire des commentaires sur son propre processus. Amateur c’est donc être amateur de cinéma, et ici, faire état de sa maîtrise en s’en dégageant par une forme d’auto-dérision.

Célestin Ghinéa


Réalisation : Quentin Dupieux, Casting: Benoit Poelvoorde, Grégoire Ludig, Anaïs Demoustier, Marc Fraize Scenario/Image/Montage : Quentin Dupieux Musique : David Sztanke Production: Atelier de Production Distribution : Diaphana Production Durée : 73 min Date de sortie : 4 juillet 2018.


images : Au poste ! illustration : Dylan Nibert

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