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Jusqu’au 11 novembre 2018, l’Atelier des Lumières à Paris met à l’honneur Gustav Klimt (1862-1918) et ceux qui ont trouvé en lui l’inspiration, Friedensreich Hundertwasser (1928-2000) et Egon Schiele (1890-1918). Prenant place au cœur d’une ancienne fonderie, ce n’est plus le métal en fusion rougeoyant qui illumine les murs mais dorénavant l’or de Klimt et les couleurs d’Hundertwasser. Dans ce grand hall réaménagé prend place ce qui se nomme une exposition immersive. À travers un dispositif permis par 120 projecteurs, les 3 300 m² du hall sont recouverts de peintures mises en mouvement, invitant selon la volonté de ses réalisateurs, à une promenade à l’intérieur des tableaux.

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Face à cette expérience esthétique singulière, France Culture s’interrogeait à la suite d’une chronique polémique du journal La Croix : peut-on encore parler d’exposition ? L’article de Cécile Guibert tranche par la négative. On argue que ce type d’action culturelle viserait à attirer le public qui ne va pas au Grand Palais pour admirer les œuvres. Elle répond qu’à cet élitisme mondain incarné par le musée, le projet du trio d’Iannunzi/Gatto/Siccardi n’en serait au fond qu’une excroissance un peu bâtarde ; dissimulant sa vacuité derrière des artifices à des centaines de projecteurs, elle ne relève au fond que d’une même affliction spectaculaire qui appauvrit la pensée face à l’œuvre d’art.

Il est vrai que l’entreprise est gigantesque dans son ambition de nimber le public dans les univers des peintres viennois, quitte à user de gros sabots : la sélection musicale, faisant la part belle aux enchaînements de compositeurs germaniques – de Beethoven à Strauss – redouble la sensation d’avoir affaire à un diaporama best-of. L’installation de l’Atelier Lumière retrouvant le jaillissement d’images d’une bande-annonce enjoigne finalement peu à la déambulation. Le dispositif n’est pas celui d’une exposition où la dissociation du regardeur et de l’objet regardé permet la projection de soi dans l’œuvre mais le lieu où le spectateur immobile devient le temps de la projection une surface intégrante des fresques animées.

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Mis à part le dernier segment consacré à Klimt et celui d’Hundertwasser, l’animation des peintures peine à convaincre. Très peu de recréation des œuvres elles-mêmes, de volonté de faire dialogue entre elles, de rapprocher les différents motifs composant une œuvre qui retrouve l’inventivité de la fresque et des mosaïques. Alors certes les éléments de la cotte de L’Athénée, mais l’hybridation peinture et numérique ne semble pas être pensée autrement que sous la déclinaison des motifs. Le numérique permet d’isoler dans la peinture des détails, qui, dans une volonté de rapprocher le public des œuvres, pourrait inviter à voir les tableaux originaux, à retrouver ces détails dans la totalité du tableau lui-même. Décomposer une œuvre comme le propose cette installation reviendrait à recomposer l’itinéraire d’un artiste, plus sous un ordre chronologique, mais purement esthétique. Au contraire, le dispositif cherche moins à déplacer le regard du spectateur sur la peinture de Klimt qu’à le capter en faisant surgir le visage d’Adèle Bloch-Bauer aux quatre coins de la pièce.

Célestin Ghinéa


Exposition Gustav Klimt
Réalisation : Gianfranco Iannunzi ; Renato Gatto ; Massimiliano Siccardi.
Collaboration musicale:Luca Longobardi
Exposition visible à L’Atelier des Lumières (75011 Paris), du 13 avril au 11 novembre 2018.


images : © Culturespace / E.Spiller

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