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Call me by your name dresse la lente élaboration d’une montée du désir : le parcours d’un amour entre deux hommes rassemblés par la différence de leur âge. Par l’établissement de corps peu vêtus, baignés par la lumière prenant source au mitant d’un été intemporel, Call me by your name est à lui seul un objet submergé par l’implacable trouble du désir.

Le film rappelle, par sa légèreté ensoleillée, l’univers d’un cinéma à la Rohmer : mêmes plans lumineux de repas d’été à l’ombre d’un arbre, même particularité des façons de se vêtir propres aux années 1980 – période campée par les deux cinéastes.

L’œuvre tente en elle-même de parvenir au cheminement ténu du trouble éprouvé par l’interdit : par la légèreté de corps déjà dénudés, l’épiderme n’est plus que cette surface accueillie par l’éclat du soleil. Au milieu d’un été qu’on devine tonitruant, cette présence de la peau est dès lors prétexte à l’instauration d’une considération du désir submergeant la totalité des plans : lentement se prône alors la montée en puissance de l’intimité d’une certaine connivence, entre l’unicité de deux corps.

Par une mise en scène vectrice d’une atmosphère dénuée de toute pesanteur, Call me by your name laisse place à la singularité du silence : peu de sons d’ambiance au sein du film, peu de bruits de vent, d’oiseaux, comme chez Rohmer. S’élabore au contraire l’état d’une surdité dans ce qu’elle aurait de ouatée, nébuleuse, légère. Ainsi, c’est par la maladresse de son regard que l’adolescent pourra accéder à l’objet de son affectivité : le corps mature, inatteignable. L’adolescent taciturne dévoilera alors un état de nonchalance, acteur à la fraîcheur et à l’excentricité rentrées dans ses pores. Exhumé lors d’instants furtifs, le corps devient dès lors acteur de son propre déhanchement.

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Par delà le trouble nébuleux d’une chaleur asphyxiant, l’ensemble de l’œuvre affirme l’empreinte de sa propre délicatesse. Les plans témoignent de la présence d’une nature estivale, légère comme l’été lorsqu’il s’éprouve avec insouciance, étiré dans le temps, appréhendé avec au moyen de corporalités rapprochées : dans la pénombre de la maison de vacances, les gestes se font furtifs, passeurs de leur acuité respective.

À la question posée par Oliver, «que fais-tu ?», Elio répond «j’attends que l’été se termine». «Et en hiver tu attends que l’été arrive ?» : cette «attente» comme figée dans un cadre intemporel, immobilisée dans le champ de l’image, témoigne de la spécificité partagée face au sentiment de l’été (autre titre éponyme d’un film tout aussi solaire sorti en 2015, le très beau Ce sentiment de l’été de Mikhaël Hers). Cette période vécue et ressentie simultanément par les deux personnages s’élabore comme cette phase transitoire, intemporelle : une phase littérale de « vacance » où le corps expérimente, par l’arrêt total de «l’habitude», un état immanent de nonchalance, de lâcher prise, d’insouciance. La sensation d’apaisement que propage Call me by your name ne peut aller sans cette phase d’ouverture, d’étendue, qui caractérise la période estivale. Celui qui éprouve l’été est proche de cet état d’errance. Par conséquent, s’éprouve alors, au milieu de l’innocence, un autre état tout particulier : l’amour. La découverte du contact des peaux entre deux hommes séparés par la différence de leur âge, emmène lentement l’état de trouble, immobilisant l’envergure d’un film solaire : léger alors, comme la plume d’une hirondelle qui voltige avec grâce dans le bleu ciel d’un été sans nuage.

Avec parcimonie, se forme ainsi l’avancement du beau temps, faisant place au cheminement d’un train comme finalité, annonçant l’hiver froid et frigorifiant. Sous le désir, la peau. L’arrivée et le départ, le commencement et la fin d’un amour, parenthèse en suspension parmi l’itinéraire des saisons constitutives du temps.

Et aux corps, par une approche mutuelle, de finalement se dire « Call me by your name ».

Léda Villetard


images : Call me by your name

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