Cendres et diamant

En 1939, l’Allemagne nazie et l’URSS se partagent la Pologne, l’objectif étant d’éviter une éventuelle attaque entre les deux États par un pacte de « non-agression ». Un pacte signé par les ministres des affaires étrangères Molotov et Ribbentrop qui prédéfini l’avenir d’un pays dans lequel la mort de plusieurs millions de polonais est provoquée. Le pays devient alors l’attraction première par l’absurdité d’une logique indigeste. La Pologne, manipulée et secouée par quatre mains agrippées de tous les côtés, se fait au bout d’un moment, démanteler. La Seconde Guerre Mondiale éclate. Il y a deux grands groupes de résistances : L’Armia Krajowa (armée de l’intérieur ou AK) officiellement créée en 1942 en soutien au gouvernement polonais exilé à Londres et L’Armia Ludowia (armée du peuple ou AL), mouvement communiste qui soutient l’URSS.

Andrzej Wajda (1926-2016), cinéaste polonais, tourne une trilogie sur la résistance polonaise durant la seconde guerre mondiale contre l’occupation nazie et soviétique. Les trois films : Génération (1954), Kanal (1957) et Cendres et Diamants (1958) retracent le déroulement de la guerre : la création de la résistance, l’insurrection de Varsovie puis la fin et ses conséquences morales.

kanal-andrzej-wajda

Le cinéaste propose une nouvelle forme d’héroïsme «plus réaliste». Le terme «héros» s’est longtemps caché derrière une figure miraculeuse : être un martyr ou éviter la mort en récompense divine. Le héros dans les films de Wajda sort de ce qui peut sembler plus romanesque. Le cinéaste agit à contre-courant en s’opposant aux films comme La vérité n’a pas de frontière (1947) de Aleksander Ford ou La Dernière Étape (1948) de Wanda Jakubowska, qui appuient sur le pathétique. Le cinéaste appelle ses personnages à lutter en s’inspirant de son expérience de la guerre lorsqu’il a été résistant auprès de l’armée de l’intérieur. Il avait 16 ans. La jeunesse est alors au cœur de cette résistance. Elle se révolte sous les yeux des adultes en se soulevant contre les oppresseurs. Ils sont communistes, chantent à l’unisson et fument des cigarettes hongroises. Ces visages juvéniles se regroupent dans Génération et touchent leur premier pistolet. La religion est écartée et la lutte devient leur nouvelle foi. La jeunesse veut résister contre les interdictions et se venger de l’humiliation, en passant par les égouts ou en attaquant de plein front. La solidarité règne entre les personnages : c’est le mouvement du peuple contre les dominateurs. Le quartier général dans Kanal est un espace meublé d’objets laissés, trouvés, récupérés et défectueux (piano, horloge…). On retrouve cette même ambiance dans Les Révoltés (1930) de l’écrivain hongrois Sándor Márai, dont cinq jeunes adolescents volent à leurs parents (argenterie, violon, etc.) pour témoigner leur révolte, se soustraire de l’autorité durant la première guerre mondiale. Dans le film de Wajda, ces résistants s’approprient cet espace pour attaquer, riposter au milieu d’objets qui n’ont pas d’appartenance. Le matérialisme capitaliste est fustigé. Cette jeunesse s’oppose à l’idée que l’autorité se lie avec le pouvoir. Ils défient l’ennemi. Cependant, l’énergie s’épuise, la révolte s’affaiblit. La haine pose un voile. Résister, c’est s’exposer au danger. C’est écrit, c’est dit. La voix- off au début de Kanal annonce le destin de ces opposants polonais. Ils le savent, ils le sentent, les corps sont frappés les uns après les autres, Varsovie s’écroule, la tension s’amplifie. Ils vont mourir. Les membres des groupes se perdent, en prenant des chemins opposés, en se faisant attrapés par les autorités ou tués en pleine fuite. La liberté devient utopique. Les récits sont comme orchestré par ces instruments désaccordés, cette chanson sans harmonie à la fin de Cendres et Diamants. Le peuple respire sous cette poussière noire tout en cherchant la lumière, en grimpant les escaliers circulaires dans Génération, comme dans Possession (1981) d’Andrzej Zulawski qui pose à nouveau les conflits politiques mais cette fois sur le territoire allemand. La mort se trouve toujours au bout de cet escalier, le révolté se suicide en se jetant du haut le poing levé, comme Anna qui se tire une balle dans le dos pour échapper au mal.

Cloé Berton


image : Cendres et diamant, Kanal, Andrzej Wajda


À l’occasion de la 18ème édition du festival Les Journées cinématographiques dionysiennes consacré au thème du rebelle, Amorces a édité et distribué gratuitement un numéro spécial autour de cette thématique. La revue fut composée de textes écrits par des étudiants de Paris 8 dans une volonté de proposer des approches variées autour de la figure du rebelle au cinéma. 

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